On avait beaucoup parlé de L'Esquive en salle des professeurs il y a un an et grâce aux Césars, le film d'Abdellatif Kechiche ressort aujourd'hui sur les écrans. Un come-back bienvenu car ce film mérite de rencontrer un plus large public.
L'intrigue est mince - des jeunes de banlieue répètent une pièce de Marivaux sous la direction de leur professeur - mais l'enjeu est de taille : vont-ils pouvoir s'approprier ce nouveau langage et enrichir ainsi leur vision du monde ?
Le défi paraît impossible à relever tant l'écart est grand entre le langage direct et répétitif des jeunes et celui délicat voire précieux de Marivaux. Et pourtant (pour la plupart) ça marche !
La pièce imprègne leur vie et un rapport à l'autre plus profond et plus complexe peut s'établir. Une belle leçon d'optimisme.
L'intrigue est plus complexe que cela à mon avis. Les relations amoureuses entre les personnages du film renvoient au marivaudage des personnages de la pièce et quand Arlequin souhaite échapper à sa condition, Krimo rêve de naviguer au loin avec sa famille.
D'accord pour le sentiment d'optimisme qui découle du succès de la fête, mais le film se termine sur l'échec de Krimo à dépasser sa timidité et à nouer une relation avec Lydia.
Par ailleurs, le professeur de français (!) donne une interprétation terrible de la pièce de Marivaux : on n'échappe pas à sa classe sociale, même l'amour censé être le sentiment le plus pur, est soumis à l'appartenance sociale.
Néanmoins je retiens de ce beau film la morale de la fable des oiseaux (jouée par les petits) : nous avons fait ce long voyage pour nous trouver nous-mêmes.
Rédigé par: yannick | jeudi 03 mars 2005 à 22h16
En effet, tout un réseau de correspondances s'établit entre l'histoire et la pièce. C'est ce qui fait toute l'épaisseur du film.
C'est vrai que selon Marivaux il est impossible d'échapper à sa classe sociale : c'est une question de culture et de langage.On se "reconnaît" malgré les déguisements.
Le film d'Abdellatif tend à prouver le contraire puique les jeunes des cités peuvent pour la plupart s'approprier un autre langage c'est-à-dire la capacité de dire leurs émotions autrement et d'être compris hors de leur milieu. A l'exception de Krimo, qui lui ne réussit pas à sortir des codes acquis et qui semble condamné à ne vivre que dans un seul milieu, celui qui parle sa langue. Je ne crois pas que ce soit une question de timidité : c'est plutôt l'effet d'un trop grand conditionnement.
Rédigé par: Nadine Jeanne | samedi 05 mars 2005 à 12h31
Conditionnement, c'est à dire ? Qui viendrait de son éducation, de son milieu social ?
Rachid arrive à jouer le role d'arlequin, Krimo n'y arrive pas, pour moi c'est une question de personnalité : le premier est plus extraverti que le second.
Rédigé par: yannick | samedi 05 mars 2005 à 21h55
Même si des expériences comme celle relatée dans le film portent à l'optimisme, il ne faut pas oublier qu'il est plus facile de réussir quand on est immergé dès l'enfance dans un milieu qui possède le langage et la culture dominants.
Beaucoup de choses dépendent du milieu familial. Selon les conditions de vie, selon les rapports qu'entretiennent les parents entre eux et avec leurs enfants, selon leur plus ou moins grande confiance envers l'école, les enfants réussissent plus ou moins bien. Cependant l'individu garde une part d'autonomie : il peut chercher et trouver à l'extérieur de son milieu d'autres appuis. Et souvent il s'agit d'un professeur qui réussit à les passionner...
Rédigé par: Nadine Jeanne | lundi 07 mars 2005 à 10h14
Oui la première inégalité, c'est la naissance. C'est pour cela que l'école a un si grand rôle à jouer. Em même temps, tout à fait d'accord pour insister sur l'autonomie des individus. Les institutions que ce soit l'école, l'état ou l'europe ne sont pas omnipotentes et ne sauraient être responsables de tout.
Rédigé par: yannick | lundi 21 mars 2005 à 13h41
Bonjour,
Je reste sur une note d' optimisme apres avoir vu ce film, meme si certaines choses sont a relatibiser.
Rédigé par: real estate | jeudi 04 août 2005 à 02h00
Avec les ados , on doit toujours rester optimistes ! Ils sont capables de beaucoup de choses auxquelles on ne s'attend pas forcémént : c'est pourquoi il faut leur donner un maximum d'opportunités et surtout leur faire confiance.
Rédigé par: Nadine Jeanne | jeudi 04 août 2005 à 10h44