J'étais convoquée comme témoin cet après-midi au procès qu'a intenté la mairie à Christophe Grébert. A ce titre, je n'ai pu assister au début de l'audience. J'ai attendu avec deux autres témoins dans une petite salle attenante que les faits soient exposés. Nous étions là pour témoigner des menaces et des voies de fait que Christophe avait eu à subir. Maître Fédida, le ruineux avocat de la mairie (près de 27.000 euros de provision d'honoraires), a tenté de s'opposer à l'audition des témoins mais sans succès.
J'ai évoqué ce qui s'était passé dans un bureau de vote au soir des cantonales de 2002 où un certain Mr Garzioli a déclaré à plusieurs reprises à Mr Grébert que "ça ne se passerait pas comme ça", qu'"il allait le regretter" ... ce qui s'était passé lors de la galette des rois en janvier 2003, lorsque les adjoints au maire ont voulu sortir Mr Grébert de force de la salle de la mairie ... Un autre témoin, Jean-Marie Gicquel, a évoqué une course-poursuite et des bousculades à la suite d'une distribution de tracts ... Un dernier, François Top, a évoqué comment Christophe Grébert avait été éjecté en septembre 2003 du Palais des congrès où se tenait une réunion publique sur le Plan local d'urbanisme ... Le tribunal avait aussi à sa disposition les menaces émises au téléphone par Mr Garino, actuel 1er maire-adjoint, heureusement enregistrées sur le répondeur du "prévenu", la plainte déposée à la suite d'une interpellation en pleine rue par la police municipale, l'enregistrement par FR3 des violences à l'entrée de la mairie lorsque les "sbires" de la mairie ont voulu l'empêcher d'assister au conseil, les déclarations de Charles Ceccaldi-Raynaud incitant ces mêmes "sbires" à lui faire des crocs en jambe lorsqu'il descendrait de la tribune ... Tout cela, nous Putéoliens, nous le connaissons bien mais la Cour devait en être informée. Comme par hasard, ni Mr Garino, ni Mr Garzioli, cités à comparaître, n'étaient présents ... D'après ce que j'ai compris, l'un était de garde à la mairie et l'autre était "indisposé"...
Après les témoignages, ce fut les plaidoieries. Et d'abord celle de Maître Fédida. Il a reproché à Christophe d'avoir reproduit l'article du Parisien où Mme Falzon émet des doutes sur une procédure d'attribution de marché public et qui estime que c'est pour cette raison qu'elle a été licenciée. Selon l'avocat, le blogueur aurait dû mener l'enquête, contacter Mme Falzon et encore mieux contacter la mairie pour lui demander son point de vue ... Si, avant toute reprise d'un article de presse, un blogueur doit recontacter toutes les personnes concernées autant dire qu'il n'y a plus aucune reprise possible ! autant dire qu'on ne peut plus bloguer puisqu'une bonne partie des contenus est faite de reprises !
Mais pour ce célébrissime avocat, monputeaux.com a une telle audience que son animateur doit faire un travail de journaliste et non pas de simple citoyen ...
Le deuxième reproche, c'était d'avoir fait des commentaires. Christophe Grébert a en effet écrit qu'il n'était pas étonné que Mme Falzon ait pu recevoir des menaces car lui même en avait reçues et qu'il savait ce qu'il en coûtait de s'opposer aux Ceccaldi. Il a également écrit que le coût du marché pour l'opération "Puteaux en neige" lui paraissait très élevé.
Maître Nataf, l'avocat de Christophe Grébert, n'a pas eu de mal à montrer que, question menaces, le "prévenu" savait effectivement de quoi il retournait et que question coût des animations putéoliennes, n'importe quel citoyen pouvait légitimement s'interroger sur la façon dont étaient utilisés les deniers publics. Il a rappelé qu'il s'agissait au départ d'un blog citoyen, d'un blog de quartier et que, sans l'acharnement de la mairie, celui-ci n'aurait jamais connu une telle audience. Si le contenu de ce blog intéresse maintenant des milliers de personnes, la municipalité ne peut s'en prendre qu'à elle-même.
L'avocat du journal Le Parisien (co-accusé) s'est par ailleurs étonné que la municipalité n'ait pas utilisé son droit de réponse si le contenu de l'article ne lui convenait pas.
Pour le point de vue du procureur, voir note suivante.
L'audience a duré un peu plus de 3 heures. Maurice Ronai, délégué national aux NTIC du Parti socialiste, était présent et bien sûr beaucoup de journalistes. Nombreux compte-rendus en perspective. Le jugement sera rendu le 17 mars.
Voir et entendre les interviews de Christophe Grébert avant procès et après procès sur le blog de Loïc Le Meur
Lire la présentation de ce procès sur le site national du PS et le dossier de Temps réels : Spécial Hauts-de-Seine : le Sarkoland au-dessus des lois ? sur les "libertés singulières avec les lois de la République" prises dans notre département.
fidèle lecteur de monputeaux.com je tenais à vous féliciter pour votre excellent résumé de la journée d'hier, je suis toujours surpris de voir "l'inpunités" de tels agissements de la part d'élus, dignes d'une république bananière!les électeurs ont de la merde dans les yeux ou quoi ?? espérons que ces comportements finiront par cesser un jour, quelque soit le parti politique ! ou alors qu'ils s'achètent un royaume d'opérette.
Rédigé par: ericniort | samedi 04 février 2006 at 12h28
merci pour ce compte-rendu, je me demandais comment s'était passée l'audience, et, curieusement, Christophe n'a pas pensé (ou n'a pas eu le temps) à en faire un résumé sur son site
sans vouloir préjuger de l'avenir, cela semble s'être plutôt bien passé. Me Fedida n'avait, en fait pas grand chose à se mettre sous la dent, et je ne vois nullement dans ses propos "l'humiliation" annoncée de christophe grébert.
il est tout de même étonnant de devoir attendre un mois1/2 pour avoir les résultats d'un délibéré, décidément il n'y a pas que la démocratie qui ne marche pas chez nous...
Rédigé par: phil | samedi 04 février 2006 at 12h36
Eric ne jugez pas trop vite les électeurs de Puteaux. Comme vous l'avez compris, vous vivions quasiment en dictature et même un maire de droite a traité Charles Ceccaldi-Raynaud de "Ceaucescu des Hauts-de-Seine". Lorsque dans une ville il n'y a plus aucune information contradictoire, les citoyens ne sont pas à même de comprendre ce qui se passe. La situation a bien sûr évolué grâce notamment au blog de Christophe et au travail des militants et les derniers résultats électoraux ont montré une prise de conscience de la population.
Phil, il faut laisser le temps à Christophe le temps de souffler : cette épreuve était particulière difficile .Maître Fédida s'est vu reprocher les propos qu'il avait tenus à la presse avant le procès. Pour l'audience, il avait préparé une formule-choc à l'intention des médias : "Christophe Grébert, le moto-crotte de la diffamation", je ne suis pas sûre que le Président ait apprécié. L'avocat attitré des Ceccaldi et autres Schuller aura en tout cas tenu le discours pour lequel il a été grassement payé.
Rédigé par: Nadine Jeanne | samedi 04 février 2006 at 13h16
en effet, et je suis même surpris de cette maladresse (répétée) de la part d'une personne payée pour son habileté.
je crois bien que cet avocat a pris cette affaire à la légère (ne se présentant pas à la 1ère audience et tenant des propos inconsidérés ensuite), je pense que pour lui, 27.000 € ne doivent pas valoir plus...
Rédigé par: phil | samedi 04 février 2006 at 14h32
chère Nadine, (si je me permettre), je me permet d'ajouter simplement, que je ne jugeais pas, et surtout pas les électeurs (et trices) de Puteaux, mais les élécteurs que nous sommes tous et toutes en général....
Rédigé par: ericniort | samedi 04 février 2006 at 14h58
Merci pour ce compte-rendu. Pour la partie reprise de l'information, je crois savoir que les journalistes en ont l'obligation vis à vis de leur sources (supposées secrêtes), mais cela me surprendrai si cette obligation s'applique toujours lorsqu'on cite une source publique, de plus est un article publié (donc public) par un journaliste qui est donc sensé déjà avoir respecté ses mêmes obligations.
Mais peut-être la défense à mis avant un autre argument ?
Rédigé par: Laurent GUERBY | lundi 06 février 2006 at 22h55
Cette exigence de contre-enquête a surpris tout le monde y compris bien sûr l'avocat de la défense. Mais apparemment tout dépend du statut du support : s'il s'agit d'un organe d'information "quasi officiel", l'auteur ne pourrait pas reprendre un article tel quel alors que ce serait possible sur un site personnel.
La défense a donc insisté sur le caractère personnel du site.(d'ailleurs bien précisé en exergue du site)
Rédigé par: Nadine Jeanne | mardi 07 février 2006 at 10h52