Ce texte de 60 pages est un petit bijou. Avec beaucoup d'humour, Eric-Emmanuel Schmitt en fait "le lieu d'une réflexion sur l'amitié, la force de vivre, la tolérance."
A l'origine, il avait écrit une pièce de théâtre Momo, le monologue d'un adulte qui se souvient de son adolescence, rue Bleue à Paris. Ensuite, la pièce est devenue une nouvelle : elle porte le nom d'un épicier, celui dont Momo se souvient dans la pièce.
(...) Monsieur Ibrahim, de l'avis général, passait pour un sage. Sans doute parce qu'il était depuis au moins quarante ans l'Arabe d'une rue juive. Sans doute parce qu'il souriait beaucoup et parlait peu. Sans doute parce qu'il semblait échapper à l'agitation ordinaire des mortels, surtout des mortels parisiens, ne bougeant jamais, telle une branche greffée sur son tabouret, ne rangeant jamais son étal devant qui que ce soit, et disparaissant on ne sait où entre minuit et huit heures du matin." (...)
- Je ne suis pas Arabe, Momo (1), je viens du Croissant d'Or (2).
- Alors pourquoi on dit que vous êtes l'Arabe de la rue, si vous n'êtes pas arabe ?
- Arabe, Momo, ça veut dire "ouvert de huit heures du matin jusqu'à minuit et même le dimanche" dans l'épicerie.
(1) Le narrateur s'appelle Moïse.
(2) région qui va de l'Anatolie jusqu'à la Perse.
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